[Intro] Six heures quarante-deux. L’ancien horaire est toujours collé derrière la vitre. [Verse] J’habite ici depuis trente ans, à cinq minutes du quai d’avant. J’allais à Tours, ma femme à Blois, on connaissait le contrôleur par sa voix. Puis un hiver, le guichet ferme. Au printemps, le dimanche disparaît. En septembre, l’horaire devient maigre. En décembre, plus rien ne s’arrêtait. La pancarte dit « nouvelle mobilité », un car doit passer près du café. Il arrive quand la route permet, et repart avant qu’on soit prêt. J’ai soixante-neuf ans, pas de voiture. Mon médecin travaille à quarante kilomètres. Sur le formulaire, une case demande : « Disposez-vous d’une alternative adaptée ? » [Chorus] Le quai sans train connaît mon nom, il garde mes pas, pas ma destination. Vous avez fermé une ligne sur un plan, vous avez éloigné la ville des gens. Le quai sans train reste au matin — une gare sans départ n’est pas un chemin. [Verse] J’ai écrit dans le cahier citoyen, le stylo attaché par une ficelle. J’ai mis mon âge, mon code postal, puis trois exemples très personnels. Le rendez-vous raté de novembre, le dernier car qui part trop tôt, ma sœur que je visite moins souvent, le taxi plus cher que mon chauffage. Un jeune homme derrière moi écrivait sur l’essence et son travail de nuit. Nous n’avions pas les mêmes phrases, mais le même kilomètre devant la vie. La mairie a rempli vingt-six pages. On a dit : « Votre parole compte. » J’ai regardé l’ancienne horloge du quai. Elle s’était arrêtée à six heures quarante-deux. [Chorus] Le quai sans train connaît mon nom, il garde mes pas, pas ma destination. Vous avez fermé une ligne sur un plan, vous avez éloigné la ville des gens. Le quai sans train reste au matin — une gare sans départ n’est pas un chemin. [Bass Interlude] [Bridge] Une fermeture paraît petite sur une carte vue de Paris. Un trait gris, quelques kilomètres, un gain, une fréquence, une économie. Mais ici, chaque kilomètre gagné par le tableau doit être marché. Chaque minute supprimée revient dans le corps de quelqu’un. [Final Chorus] Le quai sans train connaît mon nom, il garde mes pas, pas ma destination. Vous avez fermé une ligne sur un plan, vous avez éloigné la ville des gens. Le quai sans train reste au matin — une gare sans départ n’est pas un chemin. [Outro] Six heures quarante-deux. Je connais encore l’heure du train qui ne vient plus.